22.11.07

Musées : rien ne vaut d'avoir l'original sous les yeux

Pierre Rosenberg, ancien président du Louvre, publie le "Dictionnaire amoureux du Louvre", dans la collection de Plon. Il parle de son expérience :
"J'ai appris, en travaillant au Louvre, que les musées sont vivants, contrairement à l'opinion répandue. Tout évolue. Qui se souvient de l'entrée du Louvre avant la Pyramide? Et puis, on voit les œuvres différemment, de nouvelles sont installées. La présentation elle-même change: un jour, la mode est aux murs blancs; un autre, aux murs en couleurs ou tendus d'étoffe. Après la vogue de l'éclairage électrique est venue celle de l'éclairage naturel. Henri Loyrette a introduit l'art contemporain au Louvre, et c'est très bien, si cette initiative peut attirer un nouveau public. Le jour approche où l'on fera apparaître sur son écran d'ordinateur les œuvres d'art de tous les musées du monde. Mais je ne pense pas que cela dissuadera les amateurs de se déplacer. Rien ne vaut d'avoir les originaux sous les yeux. Et puis, quand on a commencé à respirer l'odeur des musées, on ne peut plus s'en passer."
Source : lexpress.fr, 15/11/07

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19.11.07

Etre artiste, c'est du travail, du travail, du travail

Jean-Louis Murat vient de donner une longue interview au journal Le Monde. Il évoque la crise de l'industrie musicale, mais aussi le travail de l'artiste et sa vie retirée dans le Puy-de-Dôme :

"Chez les artistes, règne l'omerta. Dès qu'ils dénoncent les pratiques de voyou sur Internet, ils sont attaqués par des petits groupes d'internautes ; ceux-ci s'y mettent à une dizaine, se font un plaisir de mettre la totalité de la discographie de l'impétrant à disposition gratuitement, partout, dernier album compris. Ils sont sans visage. (...) Mais quelle liberté veut-on ? Celle de se goinfrer ? Avec des gens qui ont 20 000 titres sur leur disque dur et ne les écoutent jamais ? Cette conception ultralibéraliste, qui est au-delà de tout système politique, se résume à peu : la goinfrerie. Internet favorise cela : toujours plus de sensations, toujours plus de voyages, de pénis rallongés, toujours plus de ceci, de cela… (…)
L'artiste est celui ou celle qui fait la moitié du chemin, sans rien sacrifier. Le monde est plein d'artistes qui ne le sont que six heures par semaine, du samedi matin au dimanche soir. Ils sont d'une arrogance, ils veulent tout arracher ! Alors qu'être artiste, c'est un engagement total, où tous les risques sont pris. C'est une décision à laquelle on se tient. Quitte à dormir dehors, à vivre autrement. Tout le monde a en soi des capacités créatives, cela n'en fait pas un artiste pour autant. Etre artiste, c'est une affaire de vocation et de discipline, une discipline de fer. Etre artiste, c'est du travail, du travail, du travail et encore du travail. (…)
Je vois très peu de gens... le facteur... Là-haut, la vie est frugale, on finit tout, on n'achète presque rien. Le pain dur est gardé pour la soupe du soir. Dans la nature, l'oubli de soi est plus facile, on va le matin aux champignons, on s'assied pour casser la croûte, on a ramassé un kilo de cèpes, voilà. On refait une clôture, on est dans le présent. Or, être dans le présent est la condition de la paix intérieure. Moi, j'aime aussi les activités qui ne laissent pas de place à la réflexion. Jouer des instruments, faire des prises de son. S'aménager une vie de travail. Car, à part aimer, travailler est la chose la plus belle à faire dans la vie. (…)
Rimbaud et Baudelaire disaient que la poésie ne servait à rien. Alors, il faut avoir assez de force de caractère pour faire les choses tout en sachant qu'elles ne servent à rien. Il faut une vertu supérieure pour tenir contre l'" à quoi bon ? ". Il faut faire, faire. C'est essentiel."
Source : une interview de Véronique Mortaigne dans Le Monde, 18-19/11/07

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5.11.07

L'art, ce monde idéal et nourrissant

Je ne peux que vous conseiller la lecture du dernier livre du philosophe Christian Lacroix, "Avoir un idéal est-ce bien raisonnable ?". En substance, "être idéaliste aujourd'hui, c'est avoir la tête dans les étoiles et les pieds sur terre". L'idéal est moteur du changement. C'est le cas de l'art, dont il dit ceci :
"Qui pénètre dans le monde de l'art en ressort différent. Mais comment, au juste, l'art induit-il en nous un tel changement ? D'où lui vient ce pouvoir transformateur ? Cette question s'éclaire si l'on réfléchit à l'essence de l'art. De quoi sont faits, fondamentalement, les chefs-d'œuvre de la littérature, de la poésie, de la musique, de la peinture ? Leur substance est constituée, justement, d'idéal. Ils sont, si l'on peut dire, de l'idéal cristallisé: « L'art, écrivait Paul Klee, est un monde idéal inventé par l'homme ». La toile du peintre, la langue de l'écrivain, les sons musicaux du compositeur, le bloc de pierre du sculpteur, la pellicule de cinéma, sont la matière sensible dans laquelle l'artiste a imprimé son idée du beau, du bien, de l'amour, du sacré, du sublime. (…) Telle est la raison pour laquelle on se transforme au contact de l'art. On se transforme car, à la faveur de l'émotion esthétique, on prélève dans les œuvres les nutriments nécessaires à sa croissance. On recueille les protéines spirituelles qui font grandir. On incorpore des idéaux à sa vie intérieure. L'Hymne à la joie exalte notre rêve d'une humanité fraternelle… Les Misérables nous font partager la confiance de Hugo dans l'homme… Les Fleurs du mal offrent l'image de la beauté rédemptrice… En s'abandonnant au divertissement artistique, on fait donc bien plus que goûter à un plaisir. On s'abreuve à une source spirituelle, on s'introduit dans le domaine de l'absolu. On met son âme sous perfusion d'idéaux."
Source : Avoir un idéal, est-ce bien raisonnable ?

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17.10.07

Refaire voyager les oeuvres d'art

Philippe de Montebello est le directeur du Metropolitan Museum of Art de New York depuis trente ans. Il évoque en ces termes la mission qu'il assigne à son musée :

"L'Histoire est faite de sacs et de ressacs. Aux XVIe et XVIIe, l'art allait du Sud au Nord, les collections du duc de Gonzague vers celles de Charles Ier en Angleterre. Ensuite, il est allé de l'Ouest à l'Est, quand Catherine de Russie a acheté en bloc des collections françaises. Puis avec la colonisation, au XIXe, à nouveau du Sud vers le Nord, d'Egypte ou d'Assyrie vers les grands musées qui se créaient. Mais ces pays, il faut le dire, démolissaient leurs temples et leurs pyramides pour récupérer les pierres et construire des gares et des bâtiments. Aujourd'hui, nous sommes dans une nouvelle phase. Nous avons la responsabilité de refaire voyager les oeuvres vers des pays - en Asie ou en Afrique - qui non seulement ont retrouvé de l'intérêt pour leur art, mais aussi pour celui du reste du monde. J'y vois là une espèce de justice dans le temps. Cela impose de prêter nos oeuvres et d'organiser des programmes de formation. En évitant toute opération exclusive, susceptible de nous priver d'autre chose. J'ai, en quelque sorte, des alliances avec tous les musées. Mais aucune exclusivité. En matière d'art, je suis tout à fait polygame. (…) Le grand défi sera de garder cet équilibre, cette sorte d'histoire universelle de l'art illustrée par de vrais objets qu'offre le Met, sans faire basculer le tout vers l'art contemporain. Car il y a de moins en moins d'antiquités ou de tableaux de maîtres classiques à acheter, alors que les contemporains peignent toujours... Et en même temps, nous voulons continuer à affirmer que l'art d'aujourd'hui est une prolongation de l'art classique. Nous avons donc décidé de poursuivre les expositions temporaires d'art contemporain - comme Neo Rauch, le peintre de Leipzig, ou Frank Stella -, mais de cesser les achats. De toute façon, il y aura toujours des legs ou des dons, qui constituent un élément essentiel de la vie culturelle américaine."

Source : Le Monde, 13-14/10/07

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9.8.07

Les peintres se sont fait voler leurs regards

Le peintre montpelliérain Vincent Bioulès au sujet de ses voyages en train :

" Certains plongent tout de suite dans l'écran de leur ordinateur pour passer un film. Je préfère regarder ce qui se déroule en direct, sous mes yeux. Avec de réjouissantes sensations au fil des instants. De la Drôme à la descente vers le Bassin parisien. Les peintres se sont fait voler leurs regards sur la vie par la bande dessinée, la photo ou le cinéma. Ils sont menacés d'enfermement dans un monde clos. Il faut sans cesse réagir. "
(La Croix, 17-18/02/07)

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13.3.07

Chaque artiste a en lui quelque chose qui le dépasse

L'écrivain Paul Auster évoque la vocation de l'artiste :

" Chaque artiste sacrifie sa vie à quelque chose qu'il a en lui et qui le dépasse, qui dépasse même sa vie affective ou familiale. Quelque chose de plus fort que lui et qui l'attire, qui l'aspire malgré lui. Même s'il veut résister, s'il est un artiste, il finira par céder. C'est à cela qu'on reconnaît les artistes : ils cèdent à ce que certains croient être une pulsion égoïste alors qu'il s'agit, en réalité, de quelque chose de plus grand qu'eux, qui les dépasse totalement. La vraie question, a mon sens, est : pourquoi les artistes se comportent-ils ainsi ? Je répondrai : les artistes sont différents dans le sens où, pour eux, le monde tel qu'il est n’est jamais satisfaisant. Et les artistes, spécialement les écrivains, ne se contentent pas du monde tel qu'il est. Ce sont des individus blessés. Moi, j'ai besoin de créer des alternatives à ce qui existe dans la réalité. Pour cela, j'examine de très près la réalité : le monde, la vie politique et sociale, mes quartiers, ma ville, les gens… et j'invente autre chose qui finit par devenir ma réalité. C'est pour cela que mes personnages sont des êtres vivants. "
(Lire, février 2007)

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8.2.07

L'art comme contrepoint au monde matériel

Le respecté chef d'orchestre Nikolaus Harnoncourt : " L'art est du domaine de l'imaginaire et nous a été donné comme contrepoint au monde matériel. De nos jours, nous vivons le triomphe de l'utilitaire : plus l'homme possède, plus il croit être heureux. C'est donc tout naturellement que l'on est arrivé à se persuader que l'art, et donc son apprentissage à l'école, ne servait à rien. On semble ne pas comprendre qu'on ne produira ainsi que des hédonistes et que l'on risque de voir disparaître la dimension qui différencie l'homme de l'animal. Sans l'art, l'homme est, certes, efficace, mais, au fond, il n'est guère meilleur qu'un chimpanzé se servant d'une pierre pour casser une noix. Or l'intelligence humaine naît du baiser des Muses. (…) L'art est en lui-même une manifestation religieuse. Même la musique légère ou la musique de danse sont, pour moi, très liées à des contenus religieux ou spirituels. Que me dit la musique ? Elle me transmet physiquement des contenus purement spirituels qu'il est absolument impossible de formuler en mots. Très souvent, lorsqu'on vit un moment tendu, on constate que le verbe n'est d'aucune aide. La musique, elle, dans presque chaque situation émotionnellement forte, peut atteindre l'âme. Pourquoi ? Parce qu'il s'agit d'un signe divin. " (L'Express, 25/01/07)

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15.11.06

Un dessin peut montrer l'invisible

Le dessinateur de presse Plantu au sujet de son art : " C'est la force du dessin : il peut effectuer une surimpression, un télescopage, au contraire de la photo, qui est prisonnière de l'événement. Lors des accords de Madrid en 1991, j'ai dessiné Arafat, assis par terre, à côté de la table de négociations. Dans la réalité, il n'était pas présent. Mais c'était comme s'il était là. Seul un dessin peut montrer l'invisible, et même l'avenir " (L'Express, 12/10/06)

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11.9.06

L'éclectisme culturel des jeunes

" Les pratiques culturelles des jeunes marquent, certes, leur spécificité : créateurs et distributeurs de contenus flattent et structurent des goûts qui vont des radios "jeunes" aux films Blockbuster à certains genres musicaux (rap, R and B, metal rock, etc.). Pourtant, puisant dans la galaxie numérique, les jeunes construisent des parcours très individuels, d'un éclectisme que renforce la mise à disposition d'une quasi-infinité de produits. Dans cette nébuleuse, on perçoit que certains jeunes, dits omnivores, picorent dans toutes les directions, des produits les plus élitistes (sites d'informations généralistes ou culturelles, etc.) aux produits les plus populaires (radios et télévisions commerciales), alors que d'autres, dits univores, opèrent surtout dans le champ plus étroit du divertissement ; et, entre ces deux extrêmes, se dégage une large gamme de possibilités. Mais télévision et Internet s'inscrivent à dose équivalente dans le quotidien de presque tous les ados et post-ados. Rien ne dit enfin que les aficionados de la navigation en réseaux resteront accrochés à ces loisirs exclusifs lorsqu'ils endosseront le statut d'adulte. En effet, les pratiques de loisirs sont déterminées par des cultures générationnelles, mais aussi par les âges de la vie. En somme, l'actuel diktat culturel ignore la complexité des pratiques réelles. L'extension du temps libre et la profusion des produits culturels ont plutôt démultiplié les styles de comportements, et la sociabilité de proximité est loin d'avoir désarmé devant la sociabilité virtuelle. Beaucoup d'individus naviguent entre médias généralistes où l'information est hiérarchisée (la plupart accessibles sur Internet) et médias de niche, entre communauté nationale et communauté affinitaire, entre le collectif et l'individuation. " Dixit la sociologue Monique Dagnaud. (lemonde.fr, 31/08/06)

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2.9.06

L'art va plus vite

" L'art va plus vite ou plus profond. Il ne donne à penser qu'en donnant à ressentir, à aimer, à admirer. C'est une leçon de morale, autant ou davantage que d'esthétique. C'est pourquoi c'est une leçon, aussi, de philosophie... C'est pourquoi l'art nous étonne, en ses sommets. Parce qu'il touche à la grandeur de l'homme et à la petitesse de nos vies. Les deux sont inséparables : c'est ce qui donne envie de pleurer, quand on admire, et de vivre. " Dixit le philosophe André Comte-Sponville. (L'Alsace, 27/08/06)

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29.8.06

Tout n'est qu'un

" Les Japonais n'établissent pas de distinction entre l'homme, une créature supérieure, et le monde qui l'entoure. Tout se confond, et nous acceptons les robots sans difficulté, comme le reste de l'univers autour de nous, les insectes, les pierres ; tout ne fait qu'un. " Dixit Osamu Tezuka, le fondateur du manga moderne, cité par Le Monde dans un papier sur les films d'animation japonais. Où l'on nous explique que tout a commencé avec un certain Goldorak, arrivé sur Antenne 2 en 1976, en Europe… (lemonde.fr, 08/08/06)

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18.2.05

Au bonheur de l'art

  • " L'art et rien que l'art ! C'est lui qui nous permet de vivre, qui nous persuade de vivre, qui nous stimule à vivre. " Friedrich Nietzsche, " Humain trop humain "
  • " Quand on sort d'un livre, on entend autrement les conversations qui se tiennent autour de nous. C'est ça le bonheur de l'art, le relief que ça donne au monde. " Dixit Chantal Thomas, essayiste et romancière.

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