24.10.07

La société de défiance

Les chercheurs en économie Pierre Cahuc et Yann Algan viennent de publier un rapport accablant pour notre pays : "La société de défiance. Comment le modèle français s'autodétruit". Il est disponible en pdf ici et sa lecture de ces 102 pages vaut vraiment le détour. En substance : "La Seconde Guerre mondiale, notamment l'occupation et Vichy, nous a laissé en héritage le corporatisme et un Etat dirigiste. (…) La France est prise dans un cercle vicieux. (…) Les réformes sont suspectées de ne profiter qu'à une poignée d'individus. (…) La transparence, l'équité et l'équité doivent devenir la priorité de nos politiques publiques." Julie Joly, auteur de l'article de L'Express, complète : "Les inégalités attisent les jalousies. Les dérogations multiples freinent les élans de solidarité et érodent la cohésion nationale. L'interventionnisme de l'Etat vide l'action syndicale de son sens. Couvés mais insatisfaits, les Français ruminent leur rancœur, se replient sur eux-mêmes et adoptent un cynisme à toute épreuve. De tous les pays riches, ils sont les plus inciviques."
Lisez au moins la synthèse et l'introduction de leur rapport, dans laquelle on retrouve cette citation d'Alain Peyrefitte, extraite de son livre "La société de confiance" en 1995 : "La société de défiance est une société frileuse, gagnant-perdant : une société où la vie commune est un jeu à somme nulle, voire à somme négative (si tu gagnes, je perds) ; société propice à la lutte des classes, au mal vivre national et international, à la jalousie sociale, à l’enfermement, à l’agressivité de la surveillance mutuelle. La société de confiance est une société en expansion, gagnant-gagnant, une société de solidarité, de projet commun, d’ouverture, d’échange, de communication."
Source : L'Express, 20/09/07

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Anonymous ginkgo a écrit...

Oui, on est dans une société de défiance, c'est clair. Certaines personnes s'arqueboutent sur leurs avantages par peur du futur, en cherchant à neutraliser tout changement. Il suffit que ces personnes soient à des endroits-clés de notre société (par ex, les banques) pour que tout le système se grippe.

Ceci étant, il me semble que ce que l'on refuse de faire, on finit par le payer deux fois. Par ex, prenons l'exemple de l'amiante. Un certain lobby réussit à peser sur le gouvernement et à protéger ses intérêts. Résultat : d'une part, des victimes en pagaille, et d'autre part, un retard de ces mêmes industriels qui vont s'apercevoir qu'ils ne sont plus compétitifs par rapport à nos concurrents étrangers qui, eux, ont choisi une meilleure solution à tout point de vue. Un pas en avant, deux pas en arrière. La protection étriquée et à courte vue de nos champions locaux nous coute chère... Sans penser au fait que ce ne sont pas les patrons qui sont touchés par l'amiante...

Je vois deux raisons à cette société de défiance.

(1) Le mieux est l'ennemi du bien. C'est un peu le défaut de la gauche qui ne veut pas voir que la profusion de lois sème le trouble, ne serait-ce qu'en raison du fait qu'une loi est maintenant devenue synonyme d'avantage acquis et que le vote d'une loi réveille d'autres appétits. Dans une entreprise, voire dans tout autre organisme, il faut que chacun sache ce qu'il ait à faire pour que l'ensemble fonctionne. Avec une inflation de lois, cela devient plus difficile. D'autre part, il est bénéfique que le plus grand nombre puisse participer et pour cela, il convient que les règles soient simples, compréhensibles par tous. De ce point de vue, les USA ont un avantage, car les règles y sont plus claires que dans notre pays.

(2) Des lois comme les 35 heures ont, à mon sens, foutu la pagaille. L'hypothèse sous-jacente est qu'il n'y a pas assez de travail pour tous et qu'il faut le partager. A partir de là, c'est pas difficile de sauter sur la conclusion suivante : si je n'ai pas de travail, que mon voisin en a un, et qu'il n'y a pas assez pour tout le monde, c'est... qu'il m'a piqué mon boulot ! Le salaud ! La loi relative aux 35 heures pousse les feux de la société de défiance. Sans compter les pagailles invraisemblables ici et là, notamment occasionnées à l'hopital. Misère, décidement, le mieux est l'ennemi du bien...

24/10/07 07:32  

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