14.12.07

Le nouveau mirage collectif du développement durable

Cette pépite est un peu longue, mais vaut le détour. Michel Godet, professeur au Conservatoire national des arts et métiers, membre de l'Académie des technologies :

"Les modes changent et passent d'un mirage collectif à l'autre, sans même s'en rendre compte. Il y a vingt ans, l'actualité portait sur le modèle de management japonais. Il y a dix ans, le mirage de la nouvelle croissance portée par la nouvelle économie n'était pas moins difficile à dénoncer. Voilà qu'il est maintenant remplacé par celui du développement durable, qui serait remis en cause par le réchauffement de la planète et l'épuisement des ressources. (…)

S'il y a bien réchauffement, on peut discuter de ses origines d'autant que, d'après Claude Allègre, le lien de causalité avec l'augmentation du CO2 liée aux activités humaines depuis la révolution industrielle reste à prouver. Les carottages glaciaires montreraient plutôt, sur des millions d'années, de fortes variations de CO2 intervenant quelques centaines d'années après des périodes de réchauffement, dont les causes seraient à chercher du côté de l'activité du soleil et des volcans. On peut aussi rappeler que le précédent réchauffement, celui du Moyen Age, comparable dans son ampleur à celui qui nous est annoncé pour la fin du XXIe siècle, est présenté dans la littérature comme un petit optimum propice à l'expansion humaine. Il n'empêche qu'il faut bien lutter contre l'augmentation du CO2, qui menace les massifs coralliens et accentue l'effet de serre. Dans le doute, le principe de précaution s'impose, mais à condition de ne pas l'appliquer de manière intégriste. (…)

Les écolos rêvent d'un moratoire sur le développement du nucléaire, du démantèlement des centrales existantes et prônent des investissements faramineux dans des projets idéologiques d'infrastructures ou d'énergies renouvelables (il faut 28 000 éoliennes pour produire l'équivalent d'une tranche de centrale nucléaire), et tant pis pour nos paysages, nos champs bétonnés et nos oiseaux détruits ! La folie des biocarburants (il faut y consacrer 29 % des terres cultivables pour produire l'équivalent de 10 % de la consommation de pétrole) a fini par indexer les prix agricoles sur ceux du pétrole.

Bientôt il faudra choisir entre manger ou se déplacer, d'autant que nous n'avons que deux mois de consommation mondiale de blé en réserve. Ces freins sont d'autant plus regrettables que le développement durable est une extraordinaire chance à saisir par les entreprises : toute contrainte est une opportunité. (…)

Tel qu'il est abordé en France, et même en Europe, le développement durable n'est pas soutenable. Il oublie que l'homme est au coeur du développement durable, il n'y a donc pas de développement durable sans enfants et pas de croissance sans berceaux. La question du suicide démographique de la vieille Europe est pourtant singulièrement absente des préoccupations. Il est vrai que pour les " Khmers verts ", la disparition de l'homme blanc occidental et de l'économie de marché qui va avec serait une bonne nouvelle pour la nature : place aux loups, eux au moins ne polluent pas ! (…)

Il n'y a pas non plus de développement durable dans une société qui vit au-dessus de ses moyens en prenant dans la poche de ses enfants, en laissant filer la dette publique : chaque enfant qui naît aura l'équivalent de 120 000 euros à rembourser lorsqu'il sera actif au titre des engagements des générations précédentes (dette publique, plus retraites des fonctionnaires non provisionnées). Protéger l'héritage de la planète, c'est bien, mais à condition de ne pas oublier les héritiers ! Qui dénonce cet oubli ? Personne, ou presque. Il est " politiquement incorrect ", à notre époque, de défendre les enfants aussi bien que les baleines."

Source : Le Monde, 14/12/07

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Anonymous Jean-Yves Alt a écrit...

Une analyse systémique est plus pertinente. Le problème, c'est qu'il est plus difficile d'agir ensuite : sur quoi faut-il mettre l'accent en premier ? C'est pourquoi, les politiques - en règle générale - piochent dans cette analyse et font des choix qui peuvent se révéler après incongrus...

14/12/07 11:16  
Anonymous Anonyme a écrit...

"Les écolos rêvent (...) prônent des investissements faramineux dans des projets idéologiques d'infrastructures ou d'énergies renouvelables (il faut 28 000 éoliennes pour produire l'équivalent d'une tranche de centrale nucléaire), et tant pis pour nos paysages, nos champs bétonnés et nos oiseaux détruits ! "
Je ne suis pas certaines que leslignes à haute tension sont plus esthétiques et moins dangereuses ...

Eh oui j'suis une écolo de base qui pense en premier lieu à ses enfants.
Non je ne suis pas pour un développement intensif des bio carburants, il faut apprendre a consommer autrement et non pas continuer à vivre de la même façon en trouvant des énergies alternatives.
Ainsi en consommant moins, plus intelligement, je pense à mes héritiers...

14/12/07 14:50  

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