26.1.07

L'art n'a d'effet que dans les marges

L'écrivain américain Russell Banks au sujet de son écriture : " Evidemment, je suis ravi d'avoir une audience aussi large que possible, mais je ne tiens pas à être trop populaire. Ça signifierait que je suis devenu rassurant, réconfortant. Un écrivain doit se situer à l'extérieur des conventions, des préjugés de la société. Du dedans, il est très difficile de distinguer la stupidité, le sexisme, l'injustice. (…) L'art n'a d'effet que dans les marges, un lecteur à la fois. Un individu dont la vision du monde sera peut-être modifiée : son comportement, le lendemain, la manière dont il traitera les autres êtres humains. Il est très, très rare qu'un livre change les choses rapidement et ce ne sont souvent pas les meilleurs. Je ne pense qu'à un petit nombre d'ouvrages aux Etats-Unis, comme La Case de l'oncle Tom, qui a bouleversé l'idée que se faisaient beaucoup de gens de l'esclavage. Grâce à ce roman sentimental, Harriet Beecher Stowe a touché des centaines de milliers de personnes. C'était un genre d'« agit prop » très efficace ! En fait, on doit choisir : pour avoir une audience de masse, il faut souvent simplifier, renoncer à rendre les ombres et les complexités de la nature humaine, les ambiguïtés de l'histoire, son ironie. Ecrire des histoires où il y a Dieu et le diable et rien au milieu. " (Le Monde, 01/12/06)

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Anonymous Jean-Yves a écrit...

Est-ce élitiste que de rêver à une littérature moins manichéenne ?
N'est-ce pas aussi une façon de "garder" le pouvoir que de "maintenir" cette littérature simplificatrice de la complexité des rapports humains ?

26/1/07 15:44  

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