20.1.07

La Turquie dans l'Europe ?

Un respecté journaliste turc vient d'être assassiné de deux balles dans la tête sur le trottoir devant son journal. Son crime ? Avoir souvent parlé du génocide des Arméniens. C'est la stupeur dans tout le pays. A cet instant, je me revois sur le site du mémorial consacré à ce génocide à Erevan en Arménie. De là on voit au loin le mont Ararat, le lieu où l'arche de Noé a atteint la terre ferme. C'est le plus haut sommet de Turquie. J'ai décidément du mal à me faire à cette idée de la Turquie dans l'Europe.

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Anonymous Philippe a écrit...

Utiliser le meurtre de Hrant Dink me semble malhonnête. En France, Reddeker a dû vivre caché pendant plusieurs mois: demande-t-on à la France de quitter l'Union? Non. Où est pourtant la différence, à part que Robert Reddeker n'a pas été tué?

Le fait même que ce meurtre soulève des protestations en Turquie montre ce pays n'accepte pas ce meurtre.

Il me semble aussi utile de rappeler que Hrant Dink avait refuser une protection policière, et qu'il était prêt à être emprisonné, en France, pour lutter contre la pénalisation de la négation du génocide arménien.

La vie de Hrant Dink n'aurait eu aucun sens si son assassinat (pas par l'Etat turc mais par un allumé!) est utilisé pour condamner un pays entier. Et, il me semble que cela serait contraire à notre volonté de défense des droits de l'Homme en Turquie. Aidons les démocrates turcs au lieu de les assimiler à des extrêmistes!

21/1/07 01:09  
Anonymous Philippe a écrit...

Voir par exemple les réactions sur le blog "Au fil du Bosphore": http://istanbul.blog.lemonde.fr/2007/01/19/le-choc/

21/1/07 01:51  
Blogger Pépites a écrit...

Ma réaction est spontanée. Je suis de l'avis de bien des Européens : la Turquie devra traiter la question du génocide avant de prétendre à rejoindre l'Union.

21/1/07 16:08  
Anonymous Philippe a écrit...

Le billet a été modifié. Mes commentaires auraient sans doute moins vifs dans sa version actuelle.

L'adhésion, comme le travail de mémoire, est un processus. Les voix sont de plus en plus nombreuses pour parler du génocide en Turquie. Mais la pénalisation de l'affirmation du génocide ne facilite pas les choses. En France, c'est la négation qui est pénalisée.

Il faut du temps pour que les choses se fassent. Il me semble que, pour que ces processus se fassent, il ne faut pas rejeter l'adhésion turque a priori. Ce sont des personnes comme Hrant Dink, comme Orhan Pamuk, qui font que la Turquie est européenne.

21/1/07 16:38  
Blogger Pépites a écrit...

D'accord avec le dernier paragraphe.

21/1/07 18:40  
Anonymous Gingko a écrit...

Je ne suis pas pour l'adhésion de la Turquie à court terme. OK, pour en faire un partenaire prévilégié de l'Union Européenne à court terme, mais pas un membre à part entière et ce, pour pas mal d'années, j'espère. Faire adhérer la Turquie à l'heure actuelle, c'est comme faire une réunion, par exemple, en entreprise, pour se demander ensuite, une fois tous réunis, quel est le sujet de la réunion... Nos hommes politiques nous ont déjà fait le coup de trop nombreuses fois ces dernières années.

Déjà, ils nous ont ficelé un traité bringuebalant à la dernière minute à Nice, obtenu à l'arraché lors de la dernière nuit de cette réunion. Cela leur permettait de faire risette à la télé, tout sourire, le jospinou et le chi, bras dessus, bras dessous, pensez-vous, une bonne nouvelle à annoncer, cela ne mange pas de pain. Puis, rapidement ensuite, ils nous ont indiqué que le traité, finalement, n'était pas si bien que cela (et c'est qui qui l'a signé, hein !?). Et puis, ils ont essayé, d'après les journaux, de le réformer mais l'Espagne, notamment, fort des avantages conséquents obtenus à Nice, a bloqué. Alors, ils ont préféré, toujours d'après la presse, se mettre d'accord sur l'élargissement de l'Europe car ils n'arrivaient pas à partager un même avis sur une refonte de ce fameux traité de Nice à-la-vite-que-je-te-pousse. Je les soupconne d'avoir voulu à nouveau faire preuve d'avoir une bonne nouvelle à annoncer au peuple, histoire de montrer que la marche 'avant' était toujours enclenchée. La marche en avant vers quoi ? J'en ai un peu marre de leur volontairisme un peu trop nais. On voit où cela nous a mené, le refus d'une constitution qui n'en était pas une d'ailleurs (la constitution américaine, c'est 7 articles lisibles par tout le monde et 27 amendements, pas un catalogue épais comme la Redoute). Et cela étonne les hommes politiques... Ils ont pas réussi à se mettre d'accord à 15, et ils ont pensé qu'ils pouvaient ensuite le faire à 25 (ou 27 ? je ne sais même plus combien on est dans la barque). Et dire que certains, comme DSK, ont énoncé tout haut il y a qques mois l'idée de l'élargissement de l'Europe à tout le maghreb. A terme, cela se fera peut être, pourquoi pas d'ailleurs, mais il y a peut être plus urgent en ce moment, DSK, non ?

Bref, l'Europe nous a apporté bcq de bienfaits, j'en suis bien conscient, mais sur ce coup-là, la Turquie, non merci. On a d'autres chats à fouetter avant cela.

21/1/07 22:13  
Blogger Scheiro a écrit...

Je n'ai pas lu la première mouture de ce post, mais je suis tout à fait d'accord avec la réaction de Philippe, car comme je j'écrivais sur le blog de Ada, il était évident que les turcophobes exploiteraient immédiatement l'assassinat de Dink. Or il semble tout aussi évident qu'à l'heure où je rédige ce commentaire unz grande majorité de Turcs condamne très fermement ce meurtre et le déplore.
L'entrée de la Turquie est l'un des principaux enjeux quant à l'avenir de l'Europe et s'en tenir à des arguments aussi simplistes que la reconnaissance du génocide Arménien comme prinecipal critère d'adhésion, revient à faire une analyse sentimentalopolitique : très mauvaise stratégie !

22/1/07 15:50  
Anonymous Jean-Yves a écrit...

Pourquoi la question des préalables revient sur scène alors que le processus d'adhésion est engagé depuis plusieurs années ? Les pays européens n'assument-ils plus leur choix fait, il y a quelques années ?

22/1/07 21:16  
Anonymous Grom a écrit...

Personnellement je suis totalement contre cette entrée , pour des raisons éconmique surtout. eux qui sont déjà aller en Turquie, donc un peu plus loin que la cote touristique, savent bien que les Turcs n'ont pas du tout un niveau de vie acceptable. Ils y logent dans des taudis de plastique et de tôles. Le principal bienfait de l'union européenne est de stabiliser les différentes économies de ses membres. Or faire entrer la Turquie dans l'union européenne ruinerait les caisses, car si on considère qu'ils ont désormais les memes droits que nous, il va falloir considérablement aider leur développement. Rien que ces dépenses seront pour moi catastrophique. De plus, la Turquie est loin d'etre européenne. Et elle a aussi a ses frontières des pays "instables" : Iran, Irak... Je ne connait pas ce qui compose les accords européens a ce sujet, mais je vois mal comment on pourrait laisser un autre pays européen entrer en guerre sans l'aider. La Turquie me semble donc beaucoup trop instable et sous dévelopée que opur entrer dans l'union.

5/12/07 15:03  
Anonymous colpin didier a écrit...

EUROPE ET TURQUIE

- Le « Non » au Traité constitutionnelle est encore dans toutes les mémoires. Mais est-ce pour autant l’ « Europe » qui a été ainsi rejeté ? Non, tout le monde en convient ! L’a été une certaine vision, compréhension, conception de l’Europe. Le fameux « sens des mots », trop souvent source d’incompréhension, de confusion …
Et au sein des causes de ce rejet figurent en bonne place la Turquie !

- Alors, ce pays, européen ou pas ?

- Remarquons que répondre par la positive, reviendrait à admettre que l’Iran et l’Irak ont une frontière commune avec le vieux continent... Tout de même estomaquant…

- Décortiquons, autant que faire ce peux en quelques lignes obligatoirement réductrices. Certains mettront en avant le fait que la Turquie est laïque, et que son alphabet est le latin ! Pourquoi donc ne pas l’accepter ?

- Notons d’abord que cette position indique que les frontières (ou leurs absences) ne sont pas que géographiques, elles peuvent également être culturelles.

-Commençons par les géographiques.
La formule de Gaule est connue : l’Europe s’étend de l’Oural à l’atlantique et s’arrête au Bosphore. Cohérent. Mais, en rapport avec notre question, il y a un « hic »… La Turquie se jette sur des deux rives du Bosphore, et les puissances victorieuses du premier conflit mondial qui ont redessinée, avec un trait de plume parfois malheureux, les frontières ont validé cet existant. Aussi, de quel côté faire pencher la balance ? Et si l’ont prenait tout simplement comme unité de mesure le km2 ? Où en trouvent-on le plus ? En Europe ou en Asie ?
Evident, non…

- Frontières culturelles.
Comme « nous », n’est-elle pas laïque, et si l’écriture est un des éléments constituant la culture d’un peuple, comment ne pas mettre en avant son alphabet, latin comme celui que « nous » utilisons ? Effectivement…
Mais tout cela n’est que greffon au devenir incertain… Un risque réel de rejet par la souche existe…
- Osons aborder à présent un sujet tabou, un sujet qui fâche, l’origine chrétienne de l’Europe, de ses valeurs, de sa culture ! Pourtant, est-ce plus choquant que de souligner le poids de l’Islam dans la culture des pays arabes ?
- A la façon d’une plaque photographique classique qui renvoi une image inversée, la laïcité turque est l’inverse de la notre (occultons le fait que la laïcité française n’est pas la laïcité anglaise etc.…) : L’histoire européenne du XX siècle ne manque pas d’exemples -pensons à l’Espagne de Franco- ou un pouvoir « fort » utilise la puissance de l’armée pour imposer une idéologie religieuse au mépris de la laïcité, alors qu’en Turquie, à partir des années 20, le pouvoir a utilisé la force de l’armée pour imposer la laïcité, au mépris de l’idéologie religieuse dominante… D’ailleurs le mot « laïque » est inconnu du vocabulaire arabe et le terme turc utilisé est emprunté au vocabulaire occidental… Car au delà du mot, le concept même véhiculé par « laïcité » est extérieur à l’Islam radical où le rejet de la foi (islamique) ne peut conduire l’ « apostat » qu’à la mort physique ordonnée par un corps social qui en agissant ainsi se purifie… En français cela s’appelle un meurtre, un assassinat, tout comme le sont tout également les « crimes d’honneur », coutumiers en Turquie…
- Revenons en France. La sérénité et le recul que donne l’écoulement du temps, permet de dire que, paradoxalement, et au-delà des déchirements consécutifs à la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, et à l’opposition des « culs bénis » et des « bouffeurs de curés », la laïcité est aussi fille de la célèbre parole christique « Rendez les choses de César à César et les choses de Dieu à Dieu »… Dans la même veine, pourquoi les « Droits de l’homme » peinent-ils tant à s’imposer et à prospérer en pays musulmans ? Car ils ont été conceptualisés sur le terreau fertile des valeurs chrétiennes, de l’humanisme chrétien, pour devenir l’expression d’un christianisme déchristianisé, d’une foi chrétienne désacralisée, laïcisée…
- Ouvrons une parenthèse. Ne confondons pas tolérance et laïcité.
Nous parlions à l’instant de « bouffeurs de curé », terme né à une époque ou le paysage religieux français métropolitain était majoritairement occupé par le catholicisme. Aujourd’hui existe toujours des « Talibans de la laïcité » qui prônent l’athéisme comme Vérité révélée et rêvent de marginaliser les citoyens qui ont pour défaut d’être croyants et de le dire !
Espagne mauresque : L’arrivée des arabes en Espagne au VIII° siècle mit fin à la persécution dont les juifs étaient victimes de la part des Wisigoths qui avaient abandonnés l’arianisme pour le catholicisme. Et pendant de nombreux siècles sous domination musulmane, l’Espagne a été une terre de paix et de tolérance pour les trois religions monothéistes ! Comme quoi, Islam n’est pas toujours synonyme de fanatisme et d’intolérance…
- Fermons la parenthèse.
- Quand-à l’alphabet latin, il est entré en Turquie à la même époque que la laïcité et lui aussi au forceps, l’Empire ottoman utilisant l’alphabet arabe, c'est-à-dire il y a moins d’un siècle. Alors que « chez nous », déjà avant les premiers écrits en « français » du XV° siècle, les lettrés qu’étaient les clercs, écrivaient évidement et depuis « toujours » en latin !

- Aussi, tant pour des raisons géographiques que culturelles, il me semble difficile de prétende que la Turquie puisse avoir vocation à intégrer l’Europe ou la communauté européenne, notions qui sont différentes (La Suisse appartient à la première mais pas à la seconde). Et, pour prétendre le contraire, que l’on ne mette pas en avant un quelconque partenariat économique ! L’Europe peut commercer si elle le souhaite avec l’Afrique du sud sans pour autant que ce pays entre dans l’Europe ! Identique pour la Turquie !

- Prétendrais-je que ce rejet affirmé, que cette position est vérité, réalité objective ? Non...

- Pour prendre conscience de la relativité des certitudes, également des certitudes géographiques, transportons-nous au temps de Rome.

- Si l’Empire romain prétendait à l’universalité, dans les faits, des frontières se sont imposées :
Au nord, l’Ecosse (le mur d’Hadrien).
A l’ouest, évidement l’atlantique.
Au nord/est le Rhin et le Danube.
Au sud l’Afrique noire (les pays de Maghreb étaient partie intégrante de l’Empire -neutralisons Carthage-)
Au sud/est le Tigre et l’Euphrate.
Cela pour souligner que si la géographie peut dire ce qu’est l’Europe, cette définition ne vaut que pour « aujourd’hui » (au sens de l’Histoire).
Si nous demandions à nos contemporains européens où se trouve le centre géographique de l’Europe, qui citerait la capitale de l’Italie ? Personne !
Mais l’Empire s’est construit autour de la Méditerranée avec en son centre cette ville, Rome, elle même située sur cette péninsule, cet appendice pénétrant ce « centre du monde » qu’était la « Grande mer », comme on l’appelait alors.
Toujours à cette époque, le civilisé, était logiquement de type méditerranéen, c'est-à-dire pas très grand, brun et basané. Et le barbare, lui était grand, blond et à la peau très blanche…
Relativité des concepts, disions-nous…
Et parmi ces barbares, il est des tribus germaniques qui allaient nous devenirs « chers » à nous français, celles des Francs…

- Le rapport avec notre sujet ? Dans le monde romain, la région nommée de nos jours Turquie ne posait pas de problème : elle appartenait à l’Empire, tant pour des raisons géographiques que culturelles ! Et elle n’était même pas en zone frontière ! Et le latin, comme ailleurs, y était aussi la langue officielle, administrative !
Mais cela était il y a « deux milles ans »…

- Certitudes, avez-vous un socle digne de ce nom ?

- Pour conclure, maniant le paradoxe, clin d’œil à Edmond Wells et à son Encyclopédie du savoir absolu relatif, je dirais que la Turquie ne fait pas partie de l’Europe et qu’il s’agit là d’une position objective élaborée au sein d’un concept qui lui, ne l’est pas…
Cette affirmation découle d’une prise de conscience selon laquelle il n’y a pas une vision du monde mais plusieurs, indissociables de grilles de lecture, parfois inconscientes, qui sont autant de filtres. Et la pseudo objectivité de la de la stricte géographie s’efface devant le poids de la géopolitique qui elle-même s’efface devant celui de la géoculture, autant de réalités subjectives dans leurs valeurs.

COLPIN Didier

17/12/07 17:34  

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